
Malgré les déclarations d’intention et les diverses réformes du système éducatif en Afrique, le changement social – qu’il s’appelle développement, émergence, progrès ou révolution – tarde à advenir, alors même qu’il est supposé fleurir grâce à l’éducation. Le diagnostic n’est-il pas mal posé ? Réduire l’éducation au seul système scolaire ne constituerait-il pas une vision partielle, risquant d’aboutir à des réponses tout aussi partielles ?
Quelques-unes des questions au cœur d’un colloque international ouvert ce jeudi 19 mars 2026 au Centre Marthe et Marie de l’OCDI à Lomé, à l’initiative de l’association le Rameau de Jessé.
Placé sous le thème « Repenser l’éducation en Afrique : quels paradigmes d’éducation pour le changement social ? politiques éducatives, défis et innovations », ce rendez-vous sans tabous aborde une problématique épineuse : comment former le citoyen qui initiera et stimulera le changement social ?
Pendant trois jours, en présentiel et en ligne, personnalités ressources et chercheurs du Togo, du Sénégal, du Burkina Faso et du Bénin dont l’éminent professeur Victor Topano, et invités tentent de formuler les paradigmes d’une éducation réellement favorable au changement social au Togo et en Afrique.
Lors de l’ouverture des travaux, le professeur Roger Ekoue Folikoue, enseignant-chercheur en philosophie politique à l’Université de Lomé, membre fondateur du Rameau de Jessé et cheville ouvrière du colloque, a posé le débat en des termes clairs.
« Le problème de l’éducation est fondamentalement et avant tout une question citoyenne. Et à ce titre, elle doit être débattue dans l’espace public pour être analysée, permettre au citoyen de se prononcer sur l’existant, identifier les lacunes, relever les défis et proposer des innovations pour un système éducatif convenable, adapté et performant », a-t-il déclaré.
Une conférence inaugurale modérée par le professeur Octave Nicoué Broohm, professeur de philosophie politique et ancien ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, sur le thème « L’Afrique a-t-elle besoin des spécialistes d’éducation ? » a donné le coup d’envoi des échanges. Si la conférencière, Mme Maryse Quashie, maître de conférences en sciences de l’éducation et membre fondatrice du Rameau de Jessé, répond par l’affirmative, elle a déploré dans son exposé l’impact encore insuffisant des spécialistes des sciences de l’éducation sur le continent, malgré une augmentation notable de leurs effectifs, ainsi qu’une dévalorisation persistante de la profession.
Le programme comprend également deux autres conférences, sur les thèmes « Quelles urgences de politique éducative en Afrique ? » et « Une école en phase avec les réalités africaines », ainsi qu’une série de quatre panels abordant des questions aussi diverses que les jalons du parcours de formation, la question de la langue d’enseignement, la place des TIC, l’université pour tous, l’impact du marché de l’emploi sur les offres de formation, ou encore la carrière et la promotion des enseignants.
Organisé grâce au soutien du partenaire CCFD-Terre solidaire, le colloque sera également marqué par des témoignages de formations alternatives (Centre International de Développement Agropastoral et Centre d’apprentissage Maria Auxiliadora), ainsi que par une double cérémonie : le lancement de la version numérique de l’ouvrage « Enraciner la démocratie en Afrique ! Paroles d’intellectuels » et un hommage solennel à des figures togolaises et africaines marquantes de l’histoire de l’éducation.
Edoh
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