
Réunis les 29 et 30 octobre dans le Forum national des organisations de la société civile (OSC) pour la paix et la cohésion sociale, placé sous thème « De l’engagement local à l’impact national », les acteurs de la société civile togolaise ont entamé la construction d’une plateforme collaborative inédite contre les conflits et l’extrémisme violent. Au terme des travaux, un « Appel de Lomé » doit sceller leurs engagements communs.
Ils sont les premiers à entendre les frustrations, à percevoir les signes de méfiance, à identifier les tensions qui couvent. Dans les villages, les quartiers et les communes du Togo, les organisations de la société civile (OSC) accomplissent un travail « souvent discret, mais essentiel », selon les mots de M. KOLANI Tobigue Yandare, Directeur exécutif de Youth Awake. C’est précisément pour sortir cette action de l’ombre que s’est ouvert ce jeudi 29 octobre à Lomé le Forum national des organisations de la société civile pour la paix et la cohésion sociale.
Il s’inscrit dans le cadre de la mise en œuvre de la deuxième phase du projet « Renforcement de l’inclusion et de la résilience des jeunes et des femmes pour lutter contre l’extrémisme violent et le terrorisme tout en promouvant l’harmonie sociale et la cohésion durable ». Ce projet initié par Youth Awake est soutenu par le ministère fédéral allemand des Affaires étrangères à travers le programme zivik de l’ifa, dont la première phase a été lancée en 2024.
Une paix qui se construit « dans les relations quotidiennes »
Le thème retenu — « De l’engagement local à l’impact national : renforcer les stratégies collaboratives des OSC pour prévenir les conflits et l’extrémisme violent » — n’est pas le fruit du hasard. Il traduit un constat de terrain : les initiatives de paix foisonnent, mais restent « dispersées, peu connues et insuffisamment connectées les unes aux autres ». Forte de ses interventions dans 26 communes du Togo, dont 16 frontalières, et d’un réseau de 52 points focaux, l’ONG Youth Awake a tiré une leçon : « la paix ne se construit pas uniquement dans les grandes rencontres ou à travers les déclarations officielles. Elle se construit d’abord dans les relations quotidiennes entre les populations ».

D’où l’ambition affichée de dépasser les interventions isolées pour bâtir une dynamique collective, en complément de l’action de l’État. Car, comme l’a souligné le Directeur exécutif de Youth Awake, « une tension qui n’est pas prise au sérieux aujourd’hui peut devenir un conflit demain. Une frustration ignorée peut nourrir la méfiance. Et lorsqu’un jeune se sent exclu, abandonné ou privé de perspectives, il peut devenir plus vulnérable aux discours de manipulation et de violence ».
Il n’a pas également manqué de remercier le gouvernement à travers le ministère de l’administration territoriale, de la gouvernance locale et des affaires coutumières, ainsi que le ministère fédéral allemand des Affaires étrangères pour son soutien.
Quand l’État et la société civile parlent d’une même voix
Représentant le ministre de l’Administration territoriale, de la Décentralisation et de la Chefferie coutumière, M. Essozimna WIYAO a ouvert les travaux en insistant sur la nécessaire synergie entre administrations territoriales, collectivités locales et OSC. Une collaboration qui doit permettre « d’anticiper les tensions, d’améliorer la circulation de l’information, d’encourager le dialogue communautaire et de promouvoir des réponses adaptées à chaque territoire». Il a invité les organisations à partager leurs aussi expériences « avec franchise » et à formuler des propositions « réalistes, constructives et applicables », saluant l’appui du ministère fédéral allemand des Affaires étrangères à travers le programme zivik de l’ifa.
La prévention commence « bien avant » la violence
Panéliste du forum, Mme Chantal Hodalo Sassabi-Tchangaye a rappelé la responsabilité particulière des OSC : « La question de la prévention des conflits et de l’extrémisme violent est une question de travail en amont ». Parce qu’elles sont « au quotidien avec les citoyens », elles captent mieux que quiconque les dynamiques sociales naissantes. Elle cite l’exemple des conflits entre dirigeants et citoyens au niveau communal, souvent nourris par « un manque d’informations » et « un manque de compréhension de l’action des organes municipaux ». Face à cela, les OSC œuvrent à l’éducation et à l’intégration des populations dans une dynamique « participative et inclusive », sans oublier la dimension intergénérationnelle, clé de toute prévention durable.

Jeunesse, médias et défis : au cœur des deux jours
L’agenda du forum témoigne de cette approche multidimensionnelle : pitchs sur la mobilisation de la jeunesse comme acteur clé de la paix et sur le rôle des médias dans la lutte contre la désinformation, panels sur le rôle des OSC face aux défis et opportunités de la prévention au Togo, travaux de groupes et atelier stratégique de co-construction. Le tout doit aboutir à un document fédérateur.
« L’Appel de Lomé » : un point de départ, pas un document de plus
Point d’orgue de la rencontre, la présentation et l’adoption de « L’Appel de Lomé pour la paix et la cohésion sociale » scelleront les travaux. Mais ses initiateurs préviennent : il ne doit pas être « un document de plus, adopté à la fin d’un forum et ensuite oublié ». L’appel doit traduire « une volonté commune de mieux travailler ensemble », renforcer le dialogue entre OSC et institutions, et faire émerger « des engagements concrets ». Et surtout, prolonger la dynamique au-delà des deux journées.
Le message est clair : les expériences acquises dans les communautés togolaises doivent désormais devenir « une force collective capable d’influencer positivement les pratiques et les stratégies de prévention des conflits à l’échelle nationale ». De la discrétion des villages à la voix de Lomé, c’est tout un écosystème de paix qui cherche à changer d’échelle.
La rédaction
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