
À l’issue de la deuxième édition des journées scientifiques organisées par la Faculté de Droit et des Sciences Politiques (FDSP) de l’Université de Kara (UK), à travers son Laboratoire de droit et des sciences politiques (LaDROSPO), un ensemble de recommandations concrètes a été formulé à l’intention des décideurs publics et des acteurs de terrain.
Pendant deux jours, enseignants-chercheurs, experts et étudiants ont planché sur le thème : « La protection de l’enfant dans les États d’Afrique noire francophone à l’aune des standards juridiques internationaux ».
L’objectif était clair : dépasser le constat des écarts entre les normes et les réalités vécues pour proposer des solutions pratiques, inclusives et adaptées aux contextes locaux.
Adapter les standards internationaux aux réalités locales
Parmi les recommandations phares, les participants ont insisté sur la nécessité d’adapter les instruments juridiques internationaux – en premier lieu la Convention relative aux droits de l’enfant – aux spécificités sociales, économiques et culturelles des États d’Afrique noire francophone. Il ne s’agit pas de renoncer aux standards universels, mais de les traduire en dispositions nationales applicables, en tenant compte des ressources limitées et des défis concrets.

Renforcer la justice juvénile et investir dans la reconstruction de l’enfant
Dans sa leçon inaugurale, le professeur Ayewouadan Akodah a appelé à une refonte profonde de la justice applicable aux mineurs. Sa recommandation centrale : faire de la justice juvénile un instrument de reconstruction, et non plus seulement de sanction. Il a rappelé que de nombreux enfants sont encore détenus avec des adultes, exposés à des risques majeurs. Les chercheurs préconisent donc la mise en place de juridictions spécialisées, de centres de détention adaptés et de programmes de réinsertion systématique.
Développer des politiques sociales inclusives et une éducation protectrice
Les ateliers ont également mis en avant la nécessité de politiques sociales ciblant les enfants vulnérables (orphelins, enfants des rues, victimes de violences). La recommandation est d’intégrer systématiquement un volet « protection de l’enfance » dans les stratégies nationales de réduction de la pauvreté.

Par ailleurs, l’éducation inclusive est présentée comme un levier majeur de prévention : former les enseignants, sensibiliser les communautés et instaurer des mécanismes de signalement des violences en milieu scolaire.
Prévenir les violences et assurer la prise en charge des enfants en danger
Les experts recommandent la création de cellules de protection de l’enfance au niveau local, capables d’intervenir rapidement en cas de maltraitance, d’exploitation ou d’abandon. Une attention particulière est portée à la formation des forces de l’ordre, des magistrats et des travailleurs sociaux à l’accueil et à la prise en charge adaptée des mineurs victimes ou auteurs d’infractions.
Renforcer la coopération régionale et l’investissement politique
Enfin, les participants appellent à une coopération régionale renforcée entre les États d’Afrique noire francophone, par l’harmonisation des législations, l’échange de bonnes pratiques et la mutualisation des ressources. Lors de l’ouverture mardi dernier, le doyen de la FDSP, M. Alemawo Komlan, a souligné que ces recommandations devraient « nourrir la politique nationale de l’enfance ». Il a rappelé que la protection des enfants est un objectif prioritaire, en cohérence avec l’engagement du Président du Conseil, qui place la sauvegarde de l’enfance au centre de ses actions.
Un appel à la mobilisation de tous les acteurs
Le maire adjoint de la commune Kozah 1, Tata Batabo, a salué la portée de l’initiative soutenue par l’ONG CREUSET Togo et des personnes de bonne volonté. Au terme des travaux, les participants ont réaffirmé leur volonté de contribuer à l’édification d’un cadre juridique et institutionnel solide.
La conclusion est sans appel : pour que la protection de l’enfant devienne une réalité, il faut transformer les normes en actions concrètes, et mobiliser durablement les décideurs publics, la société civile et les institutions académiques.
Ogna
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