
On juge souvent un système de santé à ses hôpitaux, à ses équipements ou à ses stocks de médicaments. La CEDEAO propose de déplacer le curseur : pour rapprocher les soins des populations, il faut d’abord rapprocher la formation des réalités du terrain. C’est tout l’enjeu de la 11ᵉ réunion statutaire du Conseil régional pour la formation des professionnels de santé dans l’espace CEDEAO, qui se tient du 2 au 4 novembre 2026 à Abuja, au Nigéria.
Organisée par l’Organisation Ouest Africaine de la Santé (OOAS), institution spécialisée de la CEDEAO chargée des questions de santé, cette rencontre réunit responsables d’établissements de formation, ordres professionnels et organismes de réglementation. Un message simple traverse les travaux : l’accès à un professionnel de santé compétent ne devrait pas dépendre du lieu de résidence d’une personne.
Le soignant manque là où le besoin est le plus fort
Dans toute la région, le constat reste tenace : insuffisance de personnel qualifié et répartition inégale continuent de limiter l’accès aux services de santé. Les communautés vivant dans des zones reculées et les populations vulnérables en paient le prix en premier. Le communiqué de presse de l’OOAS le rappelle sans détour : il ne suffit pas de former des professionnels, encore faut-il créer les conditions pour qu’ils restent en poste et exercent là où les besoins sont les plus importants.
C’est ici que le débat change de nature. La formation n’est plus seulement une affaire pédagogique ou universitaire. Elle devient un levier de politique sanitaire, avec une question centrale : comment garantir une formation de qualité qui se traduise, au chevet du patient, par des soins sûrs et accessibles ?
Abuja veut harmoniser les diplômes, pas seulement les discours
Parmi les priorités affichées figure la finalisation d’un projet de proposition relatif à la reconnaissance mutuelle des diplômes et certificats dans l’espace CEDEAO. Un chantier technique, mais aux conséquences très concrètes : il touche à la mobilité des professionnels, à la confiance entre systèmes de formation et à la qualité des soins dispensés de part et d’autre des frontières.
Les participants devraient également finaliser un plan d’action régional pour la formation dans les domaines prioritaires des ressources humaines en santé. Autrement dit, il ne s’agit pas seulement de reconnaître des parchemins, mais de s’assurer que les compétences acquises correspondent aux besoins réels des populations.
La sécurité des soins commence bien avant la consultation
Le Président du Conseil régional pour la formation des professionnels de santé, le Professeur Agnon Ayelola Koffi BALOGOU, a rappelé une évidence parfois oubliée : la sécurité des soins se construit bien avant qu’un professionnel ne prenne en charge un patient. Elle repose sur un enseignement rigoureux, des stages cliniques de qualité, un encadrement efficace et des évaluations crédibles.

Il a appelé à des décisions assorties de responsabilités clairement définies, de délais réalistes et de mécanismes de suivi mesurables. Un langage de gestionnaire, mais qui traduit une exigence de fond : sans suivi, les meilleures résolutions régionales restent des déclarations d’intention.
Une coopération régionale pour des soins de proximité
Le Directeur général de l’OOAS, le Professeur Palokinam T. PITCHE, a souligné qu’un personnel de santé bien formé, motivé et équitablement réparti est indispensable pour rapprocher les soins des populations. Il a mis en avant la coopération régionale en matière de formation, le partage d’expertise et la reconnaissance des qualifications comme autant de leviers pour atteindre cet objectif.
Dans l’allocution prononcée au nom du Ministre coordinateur de la Santé et de la Protection sociale de la République fédérale du Nigéria, le Professeur Muhammad Ali Pate, l’accent a été mis sur le développement des compétences adaptées aux besoins et sur la nécessité de veiller à ce que les professionnels qualifiés soient présents au sein des communautés qui en ont le plus besoin.
Pour les professionnels de l’espace communautaire, l’enjeu est double. Il y a d’abord la question de la mobilité et de la reconnaissance des qualifications : un diplôme reconnu dans un pays voisin peut faciliter les échanges d’expertise et la couverture de zones sous-dotées. Il y a ensuite la question de la qualité : une harmonisation régionale peut tirer vers le haut les standards de formation, à condition que les mécanismes d’évaluation soient crédibles et transparents.
Mais le vrai test sera ailleurs. En 2027, l’OOAS prévoit d’évaluer son Programme de développement des ressources humaines en santé. Cette évaluation devra permettre d’identifier les lacunes et d’orienter les futurs appuis, afin que les progrès réalisés à l’échelle régionale en matière de formation se traduisent par une amélioration effective des soins au bénéfice des populations.
Car, en santé, un diplôme n’a de valeur que s’il finit par se traduire en vies mieux protégées. La CEDEAO le sait : la bataille contre les déserts médicaux ne se gagnera pas seulement dans les hôpitaux. Elle se jouera aussi dans les amphithéâtres, les stages cliniques et les mécanismes de reconnaissance des compétences.
Ognadon
Pour vos reportages, annonces et publicités, contactez (00228) 91284171/79910266; E-mail: maximinayena@gmail.com


