
Et si le dialogue valait mieux que la confrontation ? C’est le pari audacieux qu’a tenté le Mouvement Martin Luther King (MMLK), la voix des sans-voix, à l’occasion de ses vingt ans d’existence. Vendredi dernier, la salle Africa du CETEF Togo 2000 a accueilli la toute première édition de la « Nuit des consommateurs ». Un grand débat qui a réuni, autour d’une même table, les fournisseurs de services essentiels et ceux qui les paient au quotidien : les citoyens.
L’exercice n’était pas gagné d’avance. Pendant plus de deux heures, les représentants de la Compagnie d’Energie Electrique du Togo (CEET), de la Société Togolaise des Eaux (TDE), des opérateurs télécoms Yas Togo et Moov Africa Togo, ainsi que le régulateur l’ARCEP, ont dû répondre aux interpellations directes des consommateurs.
Au menu des échanges : l’accessibilité à une eau de qualité, les arnaques sur les réseaux de téléphonie mobile, ou encore les délais de livraison des cartes SIM en cas d’initialisation prolongée.
Un dialogue direct, sans filtre
Loin de la langue de bois, l’objectif affiché par le MMLK était clair : construire un cadre durable de dialogue où les réclamations peuvent s’exprimer et les solutions se chercher, sans entretenir la confrontation. « Le dialogue est possible. Pour que des parties en désaccord se réconcilient, il faut un intermédiaire, et le mouvement assume ce rôle de passerelle », a expliqué le Pasteur Edoh Komi, Président du MMLK, à l’issue de la rencontre.

Selon lui, ce face-à-face a permis de « jeter un pont » et de commencer à instaurer la confiance. « Il ne doit pas y avoir de conflit entre consommateurs et opérateurs qui ne sont pas des adversaires, mais des partenaires, dans une relation gagnant-gagnant », a-t-il insisté, saluant la disponibilité des opérateurs qu’il a jugés « à la hauteur de l’événement ».
Une charte en suspens
Si le bilan est jugé positif, un bémol majeur tempère toutefois l’enthousiasme : la signature de la Charte du consommateur 2026 n’a pas eu lieu. Le document, qui devait fixer les engagements et responsabilités de chaque partie (consommateurs, régulateurs, opérateurs et ministère de tutelle), est resté dans les cartons. En cause : l’absence de plusieurs opérateurs et du ministère de tutelle.
Le Pasteur Edoh Komi refuse d’y voir un échec. Il préfère parler d’un report à une date ultérieure, afin que la charte soit amendée, adoptée et signée par toutes les parties prenantes. Un pragmatisme qui traduit la complexité de l’exercice : la protection du consommateur ne se décrète pas, elle se construit avec l’ensemble des acteurs.
Cap sur une deuxième édition
Fort de ce « coup d’essai » réussi, le MMLK entend déjà pérenniser l’initiative. Le mouvement annonce une deuxième édition de la « Nuit des consommateurs », dont le champ s’élargira à la consommation en général : banques, assurances, transports, alimentation, production. Une ambition qui vise à consolider une véritable culture de la protection des consommateurs au Togo.
Car au-delà des discours, les consommateurs présents vendredi soir sont repartis avec une « mine d’informations utiles ». Et c’est peut-être là l’essentiel : dans un pays où les réclamations ont souvent du mal à trouver une oreille attentive, le simple fait de s’asseoir autour d’une table et de se parler constitue déjà une victoire. Reste à transformer l’essai lors de la prochaine édition, et surtout, à obtenir que les signatures manquantes viennent sceller les promesses faites.
La rédaction
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