
À l’heure où l’opposition togolaise cherche encore sa cohésion, le Comité d’Action pour le Renouveau (CAR) a choisi une métaphore footballistique pour dire ses vérités à ses partenaires politiques : au Togo, quand un coéquipier se trouve en position de marquer, on préfère lui reprendre le ballon plutôt que de le laisser tirer. C’est ce « drame » que le président Yao Date a dénoncé samedi, lors de la rentrée politique 2026-2027 de son parti, tenue à son siège à Lomé.
Devant les responsables de partis politiques et d’associations de la société civile, le parti de la « cogestion » a dressé le bilan d’une année écoulée et tracé les pistes d’une sortie de crise durable. Mais c’est surtout un appel à la lucidité que le CAR a lancé : celui du « réalisme politique », thème central de cette rentrée.
Le populisme, « cancer de la démocratie »
Ouvrant les travaux, Robert Date n’a pas mâché ses mots contre une frange de l’opposition qu’il accuse de populisme. « Le populisme a détruit la lutte pour l’alternance au Togo pendant plusieurs décennies avant que ces géniteurs ne s’en rendent compte et tentent d’abandonner cette voie. Malheureusement d’autres nouveaux populistes apparaissent et font croire aux populations qu’ils ont un bâton magique, alors qu’ils savent que c’est faux », a-t-il fustigé, avant de lâcher : « Le populisme est à la démocratie ce que le cancer est à l’organisme».
Le président du CAR en appelle donc à une coalition des « forces démocratiques » qui croient en la pression couplée du dialogue, pour barrer la route à ces nouveaux populistes et à ceux qui veulent protéger leurs intérêts dans le régime actuel.
L’arrêt de la CEDEAO, « occasion en or » à ne pas rater
C’est sur le terrain juridique que le CAR place désormais ses espoirs. L’arrêt de la Cour de justice de la CEDEAO du 29 janvier 2026, qui a jugé inconstitutionnel le changement de la loi fondamentale, constitue selon le parti une opportunité à exploiter. « La Cour dit à ceux qui dirigent le pays que vous avez fait un changement inconstitutionnel. Ils ont refusé. Ils étaient sur les médias pour dire que c’est faux. Mais eux-mêmes ont organisé un colloque où ils ont reconnu que la cour a dit qu’ils ont fait un changement inconstitutionnel mais cette cour n’avait pas ce droit», a argumenté Yao Date.
Pour le CAR, cette question ne relève pas du Cadre permanent de concertation (CPC), qu’il juge « caduque » : « Le même CPC qui n’est pas arrivé à renouveler les membres de la CENI alors que nous l’avons acté !». Le parti exige que la Cour, qui a écrit au ministre de la justice togolais pour donner une suite au dossier, soit entendue.
Le CAR formule ainsi ses exigences : l’ouverture d’une assise nationale, la libération des détenus politiques, l’amnistie générale et l’accompagnement de la communauté internationale. « Les échecs répétés du système à base du principe majoritaire nous obligent à réfléchir et à trouver un tremplin politique pour créer les conditions idéales pour un État-nation devant aboutir à une alternance pacifique au sommet de l’État », plaide le parti.
La leçon du match raté
Le président du CAR est revenu sans détour sur les occasions manquées par l’opposition : l’APG en 2015, où une réforme limitant les mandats aurait empêché la modification constitutionnelle de 2020 ; 2018 avec le PNP ; 2023, où une assise nationale aurait pu être imposée. « La politique, c’est comme un match de football. Quelle que soit la force de l’adversaire politique, il faut guetter l’occasion, et dès qu’elle se présente, il faut marquer le but », a-t-il insisté, appelant à la solidarité entre opposants : « Peu importe celui qui est dans la surface de réparation, passons-lui la balle pour qu’il marque».
La vie chère, priorité du terrain social
Le CAR a également sonné la mobilisation contre la vie chère, appelant à un meeting le 6 décembre 2026. Le parti dénonce une « augmentation injustifiée » des prix des produits pétroliers : « Le prix du baril en 2008 était de 149 dollars US mais le prix à la pompe était de 599 FCFA ; en 2013, 118 dollars US pour 650 FCFA ; aujourd’hui que le prix du baril est de 100 dollars US, le gouvernement fixe le prix à la pompe à 817 FCFA. Quelle explication peut-on donner à cela ? ».
À cette situation s’ajoutent les déguerpissements forcés, notamment des femmes du littoral chassées de leur lieu de travail, et le délestage, « fruit de la mauvaise gestion de la CEET pendant des décennies », qui « plonge nos concitoyens dans le désarroi total » — au point que « les poissons sont devenus des poisons dans nos frigos », imagea Yao Date.
Le CAR appelle l’État à passer à l’acte : combattre la corruption, améliorer les salaires, adopter une véritable politique d’emploi, contrôler rigoureusement les prix, réduire la fracture sociale et renforcer les services sociaux de base.
Une méthode : la pression et le dialogue
Fidèle à son principe cardinal, le CAR réaffirme sa méthode : « la pression et le dialogue ». C’est à ce prix, estime le parti, que le Togo « enfin sorte de l’ornière ». Reste à savoir si, cette fois, l’opposition saura saisir la balle au bond — ou si, comme le craint Yao Date, elle préférera renvoyer la balle à l’adversaire.
La rédaction
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