
Et si le véritable enjeu du premier Forum des consommateurs n’était pas la facture d’électricité, mais le fossé invisible qui s’est creusé entre ceux qui paient et ceux qui facturent ?C’est le pari audacieux du Mouvement Martin Luther King (MMLK) : faire asseoir, autour d’une même table, les trois maillons d’une chaîne qui se soupçonne mutuellement depuis trop longtemps.
Opérateurs économiques, autorités de régulation et associations d’usagers ont répondu présent, ce jeudi 29 octobre 2026 dès l’ouverture du forum au Centre togolais des expositions et foires (CETEF Togo 2000).
La confiance, cet impensé du service public
Le thème retenu – « Renforcer la confiance entre les consommateurs, les opérateurs et les régulateurs autour d’une même table » – pourrait passer pour un vœu pieux. Il est en réalité le cœur du problème. Car derrière chaque réclamation mal traitée, chaque facture incomprise, chaque coupure non annoncée, c’est bien la confiance qui s’effrite. Et avec elle, la légitimité même des services essentiels.
Les secteurs les plus sollicités par les ménages – télécommunications, eau, électricité – étaient donc sur le banc des accusés. L’ARCEP, l’ARSE, la TdE, la CEET, mais aussi Yas Togo et Moov Africa ont accepté de s’y asseoir. Un exercice de transparence qui, s’il se répète, pourrait bien changer la donne.
« On diabolise celui qui nous sert »
Le pasteur Edoh Komi, président du MMLK, a frappé fort. « Sans les consommateurs, il n’y a pas d’opérateur. Sans opérateur, il n’y a pas de consommateur. » Une formule simple, presque évidente, mais qui résume l’impasse d’un dialogue rompu. « On bénéficie, on reçoit les services d’un opérateur, mais on le diabolise. Comment ça peut être possible ? » s’est-il interrogé, pointant du doigt une culture de la confrontation qui pénalise d’abord l’usager.
Des droits, mais aussi des devoirs
Le Forum ne s’est pas contenté de dresser un état des lieux. Les travaux ont abordé des questions concrètes : qualité des produits et services, traitement des plaintes, compréhension des factures, droits et devoirs des consommateurs à l’heure du numérique. Un accent particulier a été mis sur le rôle des régulateurs, souvent perçus comme des arbitres lointains, et sur l’importance de services essentiels performants pour soutenir… la consommation locale. Un cercle vertueux que peu avaient jusque-là souligné.
La Nuit des consommateurs : le face-à-face
Vendredi 30 octobre, dès 18 heures, le ton changera. La Nuit des consommateurs, toujours au CETEF, promet un face-à-face direct. Les entreprises devront répondre aux interpellations du public. « Les consommateurs pourront les interroger directement sur la qualité de leurs prestations », promet le pasteur Edoh Komi. Un exercice de redevabilité rare dans le paysage togolais.
Une charte pour graver les engagements
Autre temps fort attendu : la signature officielle de la Charte des consommateurs du Togo. Ce texte ne se contente pas de proclamer des droits ; il engage aussi les usagers. « Les consommateurs ont des droits et des devoirs. Eux aussi vont s’engager pour que nous puissions avoir une chaîne homogène », insiste le président du MMLK. L’ambition est claire : sortir de la logique de confrontation permanente pour bâtir des relations équilibrées.
Et après ?
Le MMLK ne veut pas d’un coup d’épée dans l’eau. Le Forum ambitionne de devenir un rendez-vous annuel, adossé au Mois du consommer local. Une deuxième édition est déjà envisagée. Reste à savoir si cette première rencontre aura semé les graines d’une véritable culture du dialogue, ou si elle restera un événement isolé.
Une chose est sûre : en réunissant ceux qui consomment, ceux qui fournissent et ceux qui contrôlent, le MMLK a posé la première pierre d’un édifice dont la solidité dépendra de la constance des uns et de l’écoute des autres.
Edoh
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