
Le Comité d’Action pour le Renouveau (CAR) a tenu ce jeudi 25 juin 2026 à son siège à Lomé son traditionnel « Je dis politique ». L’édition de ce mois de juin a été consacrée aux problèmes sociaux qui minent le quotidien des Togolais, notamment le délestage récurrent et les inondations saisonnières.
Le parti s’est également prononcé sur l’actualité politique de la décision de la Cour de justice de la CEDEAO en rapport à la révision constitutionnelle du 06 mai 2024.
Délestage : un mal récurrent depuis des décennies
Les Togolais s’inquiètent du phénomène de délestage qui se produit chaque année pendant la période allant de janvier à mai, voire juin, et ce depuis plusieurs décennies. Le CAR dénonce une approche managériale simpliste des autorités qui, à chaque fois que le problème se pose, ne font que changer le directeur général de la CEET « comme si c’est la panacée ».
Le nouveau DG nommé tout récemment a été accueilli par plusieurs délestages. Selon le parti, l’amélioration constatée ces derniers temps provient simplement du fait que nous sommes tombés dans la saison pluvieuse et que les barrages hydrauliques fonctionnent en plein régime.
Des investissements contestés
Le CAR interpelle le gouvernement et la CEET sur l’efficacité du contour global tant vanté dans le pays ainsi que la centrale solaire de Blitta largement médiatisée. Le parti exige que ces deux entités fassent le bilan de ces centrales aux populations, rappelant que ces réalisations proviennent de prêts que les citoyens rembourseront tôt ou tard.
Éclairage public : des fonds collectés, des services défaillants
Le CAR demande à la CEET de faire le point sur les fonds destinés à l’éclairage public, soit 5 FCFA par kWh collectés auprès des populations, alors que sur les routes et dans les quartiers, l’éclairage public devient de plus en plus rare.La situation est d’autant plus préoccupante que des poteaux électriques sont tombés dans de nombreux quartiers de Lomé sans que la CEET n’intervienne pour les redresser, malgré les signalements. Ces infrastructures représentent un danger pour les populations, surtout en ces périodes de pluie.
Inondations : 60 ans de calvaire sans amélioration
« Le calvaire des Togolaises et Togolais s’est aggravé avec les inondations qui, comme le délestage, deviennent la corvée pour les populations chaque année à la même période sans qu’aucune légère amélioration soit observée depuis plusieurs décennies sous la même gouvernance », déplore le CAR.
Du nouveau marché de Tsévié en passant par le marché de Hedzranawoé pour déboucher sur le grand marché de Lomé, les populations nagent à chaque pluie « comme des poissons et des grenouilles dans l’eau ». Les routes et les habitations sont totalement inondées en ces périodes pluvieuses. Le parti cite des zones sinistrées emblématiques: Togblékopé, Agoè-Zongo et Adakpamé, où les populations vivent dans l’eau depuis presque 60 ans sans qu’aucune solution soit à l’horizon.
Des retenues d’eau devenues sources de calvaire
Le CAR dénonce l’inefficacité des retenues d’eau construites ici et là, qui deviennent des sources de calvaire au lieu de résorber le problème d’inondation. Sont notamment pointées du doigt: la retenue d’eau près de l’hôtel Concorde à Avédji, celle du carrefour 2 lions à Agoè et la retenue d’eau d’AkatoLe problème d’inondation affecte également les populations de l’intérieur du pays où des zones deviennent inaccessibles pendant la période de pluie à cause de la crue des rivières et des ruisseaux.
Tarification : une « fraude organisée » dénoncée
Le CAR dénonce une « fraude organisée » de la part de la CEET et de la TDE relativement à la différence de traitement tarifaire entre les usagers utilisant des compteurs prépayés ou post-payés.
Le Président Robert Date a avancé des chiffres concrets: en prépayé (Cash power), pour 3000 FCFA payés à la TDE, l’usager obtient 5,3 m³ d’eau, alors qu’en post-payé (facture), l’usager paie 2750 FCFA pour 10 m³. Pour l’électricité, il faut payer 12.000 FCFA en prépayé pour 100 kilowatts, contre 6000 FCFA en post-payé pour la même quantité.
Pour le CAR, « il est inconcevable que les usagers en prépayé paient presque le double des usagers en post-payé pour le même service ». Le parti invite les responsables de ces deux sociétés d’État à « corriger rapidement ces anomalies qui s’apparentent à du “vol” des citoyens togolais qui souffrent déjà assez du délestage et des inondations ».
Les 10 propositions du CAR
Le CAR exige que la CEET fasse le bilan des centrales thermiques et solaires installées pour évaluer leur réelle contribution au réseau électrique national, l’exonération des équipements solaires pour les ménages, la sécurisation des infrastructures électriques, l’assainissement des finances de la CEET, la réhabilitation de l’éclairage public pour limiter les accidents dans la nuit, surtout dans la ville de Lomé, la revisitatiin des égouts du grand marché de Lomé pour les déboucher et permettre l’écoulement de l’eau de ruissellement.
Entre autres mesures également avancées, la sensibilisation des populations à inviter de s’installer dans les zones inondables, l’installation de 2 ou 3 pompes de relevage dans le marché de Hédzranawoé afin de drainer l’eau hors du marché, un plan d’assainissement spécifique doit être prévu pour le nouveau marché de Tsévié.
Le CAR préconise enfin un plan d’assainissement global de tout le Grand Lomé afin de résorber de manière durable le problème d’inondation. Le parti espère que le projet RAINE, destiné à renvoyer les eaux de surface vers le bassin de Zio, « ne connaîtra pas le même sort que la plupart des projets ».
La corruption, cause profonde des frustrations
Le CAR note avec regret que « la cause principale de toutes ces frustrations imposées aux populations est la corruption qui ne fait que s’aggraver et s’amplifier dans la gouvernance du pays ».
Un appel à la refondation nationale
Selon le parti, la solution pérenne permettant de lutter efficacement contre cette corruption réside dans la refondation de la nation. Le CAR lance ainsi un appel solennel aux religieux, surtout à la Conférence des évêques du Togo, à œuvrer à la réalisation de cette refondation de la patrie conformément à la doctrine sociale de l’Église catholique, en facilitant la tenue d’un dialogue politique inclusif.
Financement des partis politiques : l’opération 100 F par semaine
Le CAR, qui prône l’idéologie de la congestion du pouvoir, estime qu’il faut contraindre le parti au pouvoir à ce dialogue à travers une « bonne pression » qui passe par le financement des partis politiques. À cet effet, le parti invite à un changement de paradigme pour éduquer les militants eux-mêmes à financer les partis politiques au Togo. Dans cette dynamique, la formation politique a lancé l’opération « 100 F par semaine pour le CAR » dans l’optique de son 6ᵉ congrès statutaire qui se tiendra dans quelques mois.
« Torture de la constitution »: le CAR fustige la Ve République après l’arrêt de la CEDEAO
Actualité oblige, le CAR s’est enfin prononcé sur la question de la décision de la Cour de justice de la CEDEAO. Selon le Président du parti, cette décision confirme ce que bon nombre de Togolais ont qualifié à l’adoption de la révision constitutionnelle ayant abouti à la Ve République Togolaise: une « révision anticonstitutionnel en violation de la volonté du peuple ».
Le Président Robert Date va même plus loin et parle de « torture de la constitution, l’âme de la nation togolaise ». Le parti réaffirme ainsi sa position critique vis-à-vis des réformes constitutionnelles récentes et appelle à un retour à l’ordre constitutionnel respectueux de la volonté populaire.
La rédaction
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