
L’Association Nationale des Commerçants et Exportateurs du Soja (ANCES) passe de la phase de constat à celle des solutions pour redynamiser une filière stratégique fragilisée. Réunis en assemblée générale ordinaire le 19 juin 2026 à Lomé, les membres de l’ANCES ont posé les jalons d’une véritable refondation de la filière soja togolaise.
Après plusieurs années marquées par des difficultés structurelles, les acteurs du secteur affichent désormais une détermination sans faille : transformer les défis en opportunités et restaurer la compétitivité du soja togolais sur les marchés internationaux.
Un diagnostic sans complaisance
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Alors que les besoins des transformateurs atteignent désormais 500 000 tonnes annuelles, la production nationale plafonne à moins de 150 000 tonnes. Un écart abyssal qui illustre l’urgence d’agir.

« Aujourd’hui, notre soja n’est pas suffisamment compétitif. Cette situation est due en grande partie à la sous-production », a souligné Kokou Tewou, Président du Conseil d’Administration de l’ANCES, devant l’assemblée.
Au-delà du déficit quantitatif, ce sont cinq difficultés majeures qui fragilisent la filière: l’insuffisance de financements pour soutenir la production, la sous-production chronique face à une demande croissante, la défiance des exportateurs envers les commerçants intermédiaires, l’endettement des acteurs de la chaîne de valeur, le découragement des producteurs, confrontés à des conditions difficiles.
Un audit pour restaurer la confiance
Première mesure forte adoptée par l’assemblée : la réalisation d’un audit couvrant les trois dernières années de gestion de l’association. Un cabinet indépendant a été mandaté pour évaluer la trésorerie, le fonctionnement de l’organisation et ses perspectives d’avenir.

« Depuis la création de l’association en 2018, nous n’avions pas encore donné à nos membres cette assurance que les finances sont bien gérées. Cet audit permettra de démontrer que les ressources de l’association sont gérées de manière rigoureuse », a expliqué M. Tewou.
Cette démarche de transparence vise à restaurer la confiance entre les acteurs, condition sine qua non pour une mobilisation collective efficace.
Accompagner les producteurs pour booster la production
Face au déficit structurel de production, les commerçants et exportateurs entendent désormais jouer un rôle plus actif auprès des agriculteurs. L’objectif : stimuler les rendements et accroître les volumes disponibles sur le marché national.
« Les exportateurs doivent accompagner les producteurs à respecter les normes et les règlements exigés par les marchés. Ce sont eux qui sont directement en contact avec les acheteurs internationaux et ils ont donc le devoir d’aider les producteurs à mettre en œuvre ces exigences », a insisté le président de l’ANCES.
Parmi les pistes évoquées figurent: le renforcement de la collaboration avec les autorités compétentes pour faciliter l’accès aux financements, la mise en place de mécanismes de régulation du secteur et un accompagnement technique renforcé des producteurs.

La qualité et la traçabilité comme leviers de compétitivité
Les membres de l’ANCES ont également adopté plusieurs résolutions pour mieux préparer la campagne 2025-2026. Leur priorité : faire du soja togolais un produit de référence sur le marché international.Pour y parvenir, trois axes ont été identifiés: l’amélioration de la qualité des grains, le renforcement de la traçabilité tout au long de la chaîne de valeur, l’engagement vers une production durable, répondant aux exigences croissantes des acheteurs internationaux.
Un appel à l’unité
Au-delà des mesures techniques et financières, Kokou Tewou a lancé un appel solennel à l’ensemble des acteurs de la filière. Selon lui, c’est en agissant ensemble que le Togo pourra tirer le meilleur parti de cette culture devenue stratégique pour l’économie nationale.« Aujourd’hui, nous ne sommes plus à ce niveau de dénonciations répétées. Le niveau où nous sommes, c’est de trouver des solutions », a-t-il martelé, insistant sur la nécessité de dépasser les clivages pour construire un avenir commun.
Audit, accompagnement des producteurs, respect des normes internationales et appel à l’unité : les acteurs du secteur se donnent les moyens de restaurer la compétitivité du soja togolais. Un défi colossal mais indispensable pour répondre à une demande intérieure qui explose et conquérir de nouveaux marchés.
La rédaction
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