
La 11ᵉ Conférence Régionale Africaine sur l’Assurance Inclusive (CRAAI), s’est ouvert ce jeudi 25 mars 2025 pour poser les jalons d’une refonte structurelle du secteur. Jusqu’au 27 mars, assureurs, régulateurs, fintechs et experts internationaux ne sont pas simplement réunis pour constater la faible pénétration de l’assurance en Afrique, mais pour engager une mutation profonde des mécanismes de protection financière sur le continent.
Repenser les fondamentaux de l’assurance inclusive
Face à des populations largement exposées aux risques sanitaires, économiques et climatiques, la CRAAI s’est imposée comme un espace de dialogue où l’urgence n’occulte plus la nécessité de repenser les fondamentaux. Le choix de Lomé, hub régional de l’inclusion financière (87,1 % d’utilisation des services financiers dans l’UEMOA en 2023), renforce cette ambition : il s’agit de transformer un laboratoire d’idées en un chantier de réformes concrètes.
Un discours d’ouverture en rupture
A l’entame de son allocution d’ouverture, le ministre togolais en charge des assurances, Jean‑Marie Tessi, a donné le ton en appelant à dépasser le simple constat des défis. Il a invité l’ensemble des acteurs à embrasser une transformation profonde, fondée sur l’innovation, la réadaptation des modèles existants et la construction de systèmes assurantiels « plus inclusifs, plus résilients et surtout plus adaptés aux réalités de nos populations ».

Son message a d’emblée ciblé le cœur du problème : l’économie informelle, qui constitue l’ossature du continent. Des millions d’acteurs — revendeuses, conducteurs de taxi-moto, agriculteurs, artisans — restent hors de portée d’une assurance classique perçue comme un produit de luxe. Pour le ministre, transformer l’assurance inclusive implique de sortir de cette logique d’exception pour en faire un bien commun, aussi accessible que le service bancaire de base.
Réinventer les modèles : trois leviers de transformation
Pour engager cette rupture, Jean‑Marie Tessi a proposé une feuille de route articulée autour de trois axes structurants, conçus comme des moteurs de changement systémique:
-l’InsurTech comme vecteur d’ubiquité : la transformation passe par la convergence numérique. Le téléphone portable, via des technologies simples comme l’USSD, doit devenir un véritable bureau d’assurance de proximité, capable de toucher les populations là où elles se trouvent.
-la simplification par l’assurance paramétrique : pour sortir des lourdeurs administratives, il s’agit d’adopter des modèles de mutualisation basés sur la modélisation des risques. L’automatisation des cotisations et des indemnisations, adossée à une transparence totale, permet de restaurer la confiance et d’accélérer les prises en charge.
-l’agilité réglementaire : la transformation ne peut aboutir sans une évolution des cadres juridiques. Le ministre a appelé les régulateurs à faire preuve d’agilité pour accompagner l’émergence de nouveaux modèles, en trouvant le juste équilibre entre innovation et protection des consommateurs.
De la solidarité à la souveraineté économique
Au-delà des outils, c’est la philosophie même de l’assurance inclusive qui est en train de basculer. Jean‑Marie Tessi a fermement replacé le débat sur le terrain stratégique: « l’assurance inclusive n’est ni une œuvre caritative, ni un simple complément social. Elle constitue un marché d’avenir et un levier endogène de souveraineté économique ».
Dans un contexte de raréfaction des financements internationaux, cette transformation profonde permettra d’envisager l’assurance comme un outil capable de soutenir durablement les économies nationales et d’accompagner les États dans le financement de leurs politiques publiques. En faisant de la mutualisation des risques un pilier de la résilience collective, la CRAAI 2026 affirme que l’heure n’est plus à l’ajustement, mais à la refondation.
Ogna
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