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Amma Kumahor : le parcours atypique d’une femme d’exception célébré par une double distinction

Dans la grande salle du CIREL, au Village du Bénin de l’Université de Lomé, sous la présidence du Pr h.c. Solim Bamaze, Chancelier du PIHC, assisté de l’Hon. Prof. h.c. Molgah Kadjaka-Abougnima, Présidente d’honneur des cérémonies, du Dr h.c. Komi Dovi Koudou, Doyen Lauréat du CSDH, et de M. Wiyaou Tchindé, Maître des Délibérations, les discours officiels se sont succèdés lors d’un cérémonial de distinction particulier, ce samedi 31 octobre 2026.

Mais un nom revient avec insistance : celui d’une femme dont le parcours défie toutes les trajectoires tracées d’avance. Amma Kumahor, 55 ans, n’était pas destinée aux chantiers. Elle était destinée aux bureaux, aux dossiers, aux agendas. Du moins, c’est ce que son diplôme de secrétaire bilingue semblait annoncer.

Pourtant, c’est bien elle qui a construit des hangars de marché, étendu une buanderie hospitalière, bâti des centres de formation professionnelle et réhabilité un stade de 2 000 places. Et c’est encore elle qui, désormais, forme des facilitateurs internationaux sur la gouvernance électorale et l’intelligence artificielle.

Le Programme International Honoris Causa (PIHC) 2026 l’a consacrée deux fois. Non pas par générosité protocolaire, mais parce que son dossier raconte deux histoires distinctes qui n’auraient jamais dû se rencontrer : celle d’une bâtisseuse et celle d’une passeuse. Le Pr h.c. Solim Bamaze, Chancelier du PIHC, l’affirme sans détour : « La double graduation ne récompense pas deux fois le même mérite. Elle reconnaît deux contributions, à deux moments d’un même parcours».

1971-1999 : les fondations invisibles

Née le 26 juin 1971, Amma Kumahor obtient d’abord un brevet technique de secrétariat bilingue/ communication, Commercial. Un diplôme que l’on associe volontiers aux tâches d’exécution, à l’ombre des décideurs. Elle poursuit à l’Alliance Française d’Accra, au Ghana, où elle décroche en 1999 un Diplôme Supérieur de Formation Professionnelle Bilingue, option secrétariat de direction et communication. S’y ajoute un certificat d’études commerciales en français. En 1996, encore étudiante, elle fait ses premières armes au département des ressources humaines de l’Office Togolais des Phosphates, à Kpémé.

Rien, dans ce curriculum, ne prédit une carrière dans le béton et les graviers. Et pourtant. Ce que ces années forgent, c’est un atout que peu d’entrepreneurs du BTP possèdent : la capacité de négocier, de rédiger et de convaincre en plusieurs langues et plusieurs cultures. À quoi s’ajoute une pratique du chinois, denrée rare sur les chantiers ouest-africains. Vingt-cinq ans plus tard, la secrétaire bilingue dirige HELSS SA, une entreprise de construction, de fourniture de matériaux et d’import-export.

HELSS SA : les preuves, pas les promesses

Car Amma Kumahor n’est pas de ceux qui théorisent leur réussite. Elle la documente. Entre 2015 et 2017, avec HELSS SA, elle construit les hangars des marchés d’Agbonou, de Tsévié, d’Agou et de Kougnohoun, en partenariat avec l’ANADEB. En 2021, elle étend la buanderie du Centre hospitalier régional de Sokodé. En 2022, elle bâtit des infrastructures scolaires dans trois centres de formation technique et professionnelle et dans un lycée d’enseignement technique. En 2023, elle construit et réhabilite un stade de 2 000 places à Notsé.

À chaque fois, un besoin concret : commercer, se soigner, apprendre un métier, se rassembler. Son palmarès inclut aussi l’entretien de voies bitumées dans la préfecture du Golfe, la fourniture de 1 000 poubelles à la mairie du Golfe 5, et des matériaux pour le bitumage de la voie reliant la RN34 à la route nationale n° 1.

En 2025, elle structure sa filière en faisant enregistrer auprès de l’OAPI la marque LAHKESA BAG, qui couvre graviers, sables, terre à briques et terre cuite — protection étendue aux dix-sept États membres. Elle porte aujourd’hui un projet de développement résidentiel, « Royal Estate », à Apessito. Et elle vient d’obtenir la note exceptionnelle de 18 lors de la présentation de son rapport professionnel sur les stratégies et défis du développement immobilier, devant un jury de la Nouvelle Formation Professionnelle. La formatrice continue de se former.

Le tournant BRIDGE : quand la lauréate devient formatrice

En 2025 et 2026, Amma Kumahor s’engage dans BRIDGE (Building Resources in Democracy, Governance and Elections), programme international porté notamment par le PNUD, IFES, International IDEA, la Division de l’assistance électorale des Nations unies et la Commission électorale australienne. Elle y suit des modules sur la gouvernance et l’intelligence territoriale, l’observation électorale, la prévention des conflits, la démocratie participative, l’éducation civique et électorale, ainsi que sur l’IA, la désinformation et la résilience institutionnelle.

En décembre 2025, au terme de la formation des facilitateurs, elle est accréditée facilitatrice BRIDGE. Elle ne se contente plus d’apprendre : elle forme. Elle a depuis co-facilité des ateliers sur l’intelligence artificielle, la désinformation, la gouvernance électorale et la résilience institutionnelle. À la tête de l’association « L’Unicité pour tous », elle plaide pour l’entrepreneuriat féminin et entend prouver, par l’exemple, qu’une femme peut diriger une entreprise de BTP.

Deux titres, une seule cohérence

Le PIHC a examiné son dossier en deux volets, chacun apprécié par un avis séparé du Conseil supérieur des distinctions honorifiques. Le doctorat honoris causa en génie civil, management des infrastructures et développement immobilier consacre ce qu’elle a construit. Le professorat honoris causa en management entrepreneurial, leadership et développement socioéconomique consacre ce qu’elle a transmis. À l’issue de la cérémonie, Amma Kumahor a également été installée Déléguée au Rayonnement et à l’Influence du CSDH/PIHC.

L’originalité d’un parcours : la transmission comme aboutissementCe qui rend le cas Amma Kumahor singulier, ce n’est pas seulement qu’une secrétaire bilingue soit devenue patronne de BTP — aussi remarquable soit-il. C’est que cette reconversion débouche sur une vocation de formatrice, dans un domaine radicalement différent de celui qui l’a fait connaître. La femme qui construit des stades forme désormais des facilitateurs en gouvernance électorale. La cheffe d’entreprise qui négocie en chinois et en français anime des ateliers sur la désinformation et l’IA.

Il y a là une leçon pour l’enseignement supérieur et la formation professionnelle : les parcours ne sont pas linéaires, et l’excellence ne se mesure pas à la conformité d’un curriculum, mais à la capacité de transférer des compétences d’un monde à l’autre. La secrétaire bilingue n’a jamais cessé d’être une communicante. Elle a simplement changé de support : du courrier au chantier, du chantier à l’atelier.

Le PIHC 2026, en réunissant le Togo, le Mali, le Cameroun, la RDC et la diaspora africaine de France autour de la conviction que « l’excellence n’a pas de frontière », a trouvé en Amma Kumahor son meilleur argument. Non pas parce qu’elle cumule deux titres honorifiques, mais parce qu’elle incarne ce que ces titres devraient toujours signifier : une vie qui construit, puis une vie qui transmet.

La rédaction

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