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Fidélisation des personnels de santé : l’OOAS pose les bases d’une stratégie régionale à Abuja

Du 26 au 28 octobre 2026, la capitale nigériane a accueillie un conclave sans précédent. Loin des habituels sommets sur les épidémies, 150 acteurs de la santé (cadres, doyens de facultés, présidents de collèges professionnels et ministres ) réunis par l’OOAS se sont attaqués à une hémorragie silencieuse : celle des blouses blanches qui désertent les zones rurales et les hôpitaux publics pour des cieux plus cléments.

Pendant trois jours, l’Organisation Ouest Africaine de la Santé (OOAS) a orchestré un atelier sous un titre évocateur: « renforcer la motivation et la fidélisation du personnel de santé ». Autrement dit, comment convaincre un médecin ouest-africain de rester là où il est le plus utile, plutôt que de céder aux sirènes de l’Europe ou du privé urbain.

Le piège de la formation sans rétention

Le paradoxe est cruel. L’Afrique de l’Ouest n’a jamais autant formé de professionnels de santé. Les facultés de sciences de la santé se multiplient, les collèges professionnels se structurent. Et pourtant, les indicateurs de couverture sanitaire stagnent. C’est ce que le Professeur John MULBAH, porte-parole des facultés, a effleuré en appelant à « l’adaptation des programmes aux besoins locaux ». Derrière cette formulation technique, une réalité brutale : on forme des médecins pour les CHU urbains, mais on les envoie dans des postes ruraux sans plateau technique, sans logement, sans perspective de carrière.

La Professeure Awa SECK, représentant le Président sénégalais Bassirou Diomaye FAYE, a posé le diagnostic avec une franchise inhabituelle dans ce type d’enceinte. La fidélisation, a-t-elle rappelé, repose sur « la reconnaissance professionnelle, les perspectives de carrière et l’accès à la formation continue ». Trois piliers qui, dans la plupart des États membres de la CEDEAO, relèvent encore du vœu pieux.

La fuite n’est pas toujours là où on l’attend

L’angle original de cet atelier d’Abuja, c’est peut-être le déplacement du regard. On imagine volontiers la fuite des cerveaux comme un phénomène Sud-Nord. Mais les échanges ont mis en lumière une autre réalité : la migration interne. Du village vers la capitale, de l’hôpital public vers les cliniques privées ou les ONG internationales. Une fuite à l’intérieur des frontières, tout aussi dévastatrice pour les zones insuffisamment desservies.

Le Professeur Joshua OWOEYE, représentant des Collèges Ouest-Africains, a plaidé pour des « politiques réalistes favorisant une répartition équitable ». Le mot « réaliste » est lâché. Il sous-entend que les États ont parfois promulgué des textes ambitieux sur l’obligation de servir en zone rurale, sans jamais prévoir les conditions matérielles pour les rendre applicables.

Abuja, laboratoire d’une nouvelle gouvernance des ressources humaines

Ce qui s’est joué à Abuja dépasse la seule question salariale. Le Professeur Palokinam T. PITCHE, Directeur Général de l’OOAS, a mis l’accent sur « la formation, le mentorat et la mobilisation collective ». C’est une approche systémique qui émerge : on ne retient pas un soignant uniquement avec une prime, mais avec un écosystème. Un mentor, une spécialisation accessible, une reconnaissance par les pairs, une protection contre les agressions, et un logement décent.

Le Dr John OVUORAYE, représentant le Ministre nigérian de la Santé Ali PATE, a appelé à « une meilleure coordination entre les acteurs ». La formule est diplomatique, mais elle traduit un échec : celui de la fragmentation. Entre les ministères de la Santé, de l’Éducation, des Finances et les partenaires internationaux, chacun finance des formations ou des primes sans que l’ensemble forme une politique cohérente.

Les participants sont repartis avec des propositions sur les rémunérations, les carrières et les conditions d’exercice. Mais le véritable test sera national. Car si la CEDEAO peut impulser une dynamique, la décision d’offrir un logement à un infirmier dans un village reculé du Sahel ou de créer un statut de praticien territorial relève des États.

Le conclave d’Abuja a au moins le mérite de nommer le mal : la santé ouest-africaine ne souffre pas seulement d’un manque de soignants, elle souffre d’un déficit d’attractivité pour ceux qui exercent dans l’ombre.

La rédaction

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