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Togo: l’ACP-PIA, un modèle industriel en Afrique de l’ouest

Inaugurée en juin 2021 à Adétikopé, à une quinzaine de kilomètres de Lomé, la Plateforme Industrielle d’Adétikopé (PIA) s’est imposée en cinq ans comme une référence du développement industriel intégré en Afrique de l’Ouest. Derrière cette réussite, une institution joue un rôle central et souvent méconnu : l’Autorité de Coordination de la PIA (ACP), créée par décret présidentiel le 14 mai 2021 et placée sous la tutelle de la Présidence de la République togolaise.

L’ACP, catalyseur de l’écosystème industriel

L’ACP n’est pas un simple organe administratif. Elle agit comme un véritable chef d’orchestre chargé d’harmoniser les interventions des administrations publiques — douanes, sécurité, santé, services vétérinaires — au sein de la plateforme. Sa mission dépasse la coordination : elle supervise la mise en œuvre opérationnelle des activités industrielles et logistiques, facilite les échanges entre investisseurs, partenaires privés et institutions publiques, et promeut la PIA à l’international.

Le dispositif repose sur un Guichet Unique qui centralise l’ensemble des démarches administratives. Les investisseurs peuvent y accomplir, en un seul lieu, les formalités auprès des différentes administrations, ce qui réduit considérablement les délais et optimise les coûts d’implantation.

Un accompagnement structuré des investisseurs

L’ACP a formalisé son engagement auprès des opérateurs économiques par une Charte de collaboration et d’accompagnement des investisseurs, qui fixe le cadre des relations entre l’Autorité et les entreprises installées sur la plateforme. En parallèle, le projet E-GUICHET vise à numériser progressivement les prestations du Guichet Unique pour rendre l’accompagnement « plus lisible, plus rapide et plus prévisible » selon les mots du Colonel Idiola Sandah, Administrateur général de l’ACP.

Cette approche s’inscrit dans une logique de concertation permanente : l’ACP organise régulièrement des rencontres avec les chefs d’entreprise pour identifier les points de blocage et engager des actions de suivi concrètes.

Une vitrine de la coopération régionale

Le rôle de l’ACP ne s’arrête pas aux frontières togolaises. L’Autorité reçoit de nombreuses délégations étrangères — malienne, camerounaise, congolaise, mais aussi du Commonwealth et de la francophonie — venues s’inspirer du modèle d’Adétikopé. Ces visites illustrent la dimension régionale de la PIA, qui partage son expérience en matière de gouvernance industrielle, de facilitation des investissements et de développement des chaînes de valeur locales.

L’ACP a également conclu un accord-cadre avec l’Université de Kara pour aligner la formation académique sur les besoins de l’industrie, renforçant ainsi l’employabilité des jeunes et l’adaptation des compétences aux transformations du secteur.

Des résultats qui parlent

Cinq ans après son lancement, la PIA affiche un bilan éloquent : 350 milliards FCFA d’investissements cumulés, 25 entreprises partenaires dont 12 déjà opérationnelles, et 6 780 emplois directs créés, occupés à 95 % par des Togolais, avec près de 80 % de jeunes et de femmes. Huit filières stratégiques sont désormais couvertes : soja, karité, noix de cajou, textile, logistique, matériaux de construction, services industriels et transformation manufacturière.

L’ambition pour la seconde phase est de porter le parc à 40 unités industrielles et de générer entre 15 000 et 20 000 emplois supplémentaires d’ici 2031.

Un modèle reproductible ?Le modèle de la PIA repose sur un partenariat public-privé entre l’État togolais et ARISE Integrated Industrial Platforms (ARISE IIP), où l’ACP assure l’interface entre la puissance publique et les opérateurs privés. Cette architecture institutionnelle — une autorité de coordination dotée d’une autonomie de gestion, placée au plus haut niveau de l’État — constitue l’une des clés du succès.

À l’heure où la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) appelle à la structuration de chaînes de valeur régionales, l’expérience d’Adétikopé offre une leçon précieuse : l’industrialisation ne se décrète pas, elle se coordonne. Et c’est peut-être là l’enseignement majeur de la PIA pour l’Afrique de l’Ouest.

Edoh

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