
Le Togo a franchi une étape décisive dans le renforcement de sa sécurité sanitaire avec le lancement officiel, ce lundi 3 août à Lomé, de son Plan stratégique national de surveillance génomique pour la période 2026-2028.
Ce document qui constitue désormais le cadre national de référence pour le développement, la coordination et la pérennisation de la surveillance génomique des agents pathogènes, a été officiellement présenté lors d’une cérémonie qui s’est déroulée notamment en présence d’officiels togolais des secteurs de la santé et de l’environnement, et des partenaires internationaux.
Aboutissement d’un processus participatif engagé depuis avril 2025 par les départements ministériels chargés de la Santé, de l’Agriculture et de l’Environnement, le plan a été élaboré avec l’appui déterminant d’Africa CDC, de l’OMS, de la Fondation Bill & Melinda Gates et d’autres partenaires techniques. Validé les 23 et 24 avril 2025, il traduit la volonté du gouvernement togolais de faire de la génomique un outil d’aide à la décision pleinement intégré au système national de surveillance épidémiologique, et non plus un instrument réservé à quelques laboratoires spécialisés.
« La surveillance génomique consiste essentiellement à collecter des données sur les génomes pour voir, au niveau des pathogènes, leurs spécificités, les caractériser afin de savoir réellement quels sont ces pathogènes qui circulent avec leurs caractéristiques. Le Togo vient donc de rejoindre les 48 pays de l’Union africaine ayant cette capacité de séquençage », a expliqué le Dr Kokou Nouwame Alinon, Directeur régional d’Africa CDC.
Le Plan stratégique national 2026-2028 repose sur six axes majeurs: Renforcement des capacités humaines, institutionnelles, infrastructurelles et techniques; Gouvernance, coordination et leadership multisectoriel; Management de la qualité, biosécurité et biosûreté; Sécurisation de la logistique et de la chaîne d’approvisionnement; Financement et pérennisation; Analyse, partage et gouvernance des données génomiques.
La mise en œuvre de ce plan représente un investissement de plus de 2,8 milliards de francs CFA sur trois ans, reposant sur les ressources nationales et l’accompagnement des partenaires, notamment Africa CDC à travers l’Africa Pathogen Genomics Initiative, la Fondation Bill & Melinda Gates et l’OMS dans le cadre du Fonds de lutte contre les pandémies.
Dans son allocution de lancement, le Dr Kokou Wotogbe a insisté sur la nécessité de passer de la théorie à la pratique: « Ce plan ne doit pas devenir un document supplémentaire rangé dans les archives de l’administration. Il doit devenir une capacité supplémentaire dans nos laboratoires, une compétence supplémentaire au sein de nos équipes, une alerte plus précoce dans notre système de surveillance et, surtout, une réponse plus rapide face aux menaces sanitaires. En d’autres termes, il doit produire des résultats concrets».
Au nom gouvernement, il a réaffirmé sa gratitude envers l’ensemble des partenaires techniques et financiers – Africa CDC, OMS, Fondation Bill & Melinda Gates, FAO, UNICEF, Banque mondiale (projet REDISSE), Fonds mondial, GIZ, OOAS, AIEA – et a invité chaque institution, programme et laboratoire à s’approprier ce plan pour faire du Togo un pays résilient face aux menaces sanitaires émergentes.
Le Dr Kokou Wotogbe a également rappelé l’importance de l’approche « Une seule santé », soulignant que la détection d’un agent pathogène chez l’animal ou une modification de l’environnement peut constituer une menace pour l’homme.« Aucune institution ne devra travailler en vase clos. Les données devront être partagées. Les expertises devront se compléter. Les décisions devront être coordonnées », a-t-il martelé, en présence du Colonel Koffi Aoufoh Dimizou, secrétaire général du ministère de l’environnement et des ressources forestières.
Prenant la parole au nom du représentant résident de l’OMS, le Dr Joël Anani a salué le leadership du gouvernement togolais pour son engagement constant à renforcer la sécurité sanitaire nationale.
« Les récentes crises sanitaires mondiales, notamment la pandémie de COVID-19, la mpox, l’hantivirus, l’épidémie d’Ebola en cours, nous rappellent avec force que les agents pathogènes évoluent en permanence et que leur détection précoce constitue l’un des piliers essentiels de la préparation et de la riposte aux épidémies. Dans ce contexte, la surveillance génomique est devenue un enjeu stratégique incontournable », a-t-il déclaré.
Le plan sera mis en œuvre sous le leadership technique de l’Institut national d’hygiène, en collaboration avec le Laboratoire national central vétérinaire, les structures environnementales, les universités, les instituts de recherche et tous les acteurs de la Plateforme nationale « Une seule santé ».
Désormais, l’enjeu est de mettre ce plan stratégique national de surveillance génomique au service de la santé des populations et de la sécurité sanitaire au Togo et dans la sous-région ouest-africaine.
Edoh
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