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Effondrement des prix du Café-cacao : les acteurs togolais se concertent pour une réponse solidaire

L’hôtel Sarakawa a abrité ce mercredi 28 janvier, une rencontre cruciale de concertation entre tous les maillons de la filière café-cacao au Togo. Réunis à l’initiative du Comité de Coordination pour les Filières Café et Cacao (CCFCC), producteurs, acheteurs, exportateurs et transformateurs ont dressé un constat alarmant de la crise actuelle qui secoue la filière Café-cacao au Togo et esquissé des pistes de sortie par la solidarité interne. Animés par un sentiment d’urgence, les échanges ont été conduits par M. Anselme GOUTHON, secrétaire général du CCFCC.

Le paradoxe des pays producteurs : une vulnérabilité structurelle

D’emblée, M. Gouthon a planté le décor en rappelant une contradiction fondamentale : « Nous consommons ce que nous ne produisons pas et nous produisons ce que nous ne consommons pas. » Cette réalité, selon lui, est au cœur de la faiblesse des économies en développement face aux marchés mondiaux dominés par les pays consommateurs.

« C’est eux qui font la loi du marché. Nous ne sommes donc pas maîtres des prix », a-t-il déploré, soulignant que la seule issue passe par une « action solidaire entre les pays producteurs ».

Il a analysé le récent cycle spéculatif : la campagne 2024-2025 marquée par une baisse de production des géants ivoiriens et ghanéens due au changement climatique, au vieillissement des plantations et aux nouvelles réglementations européennes (zéro déforestation), a fait flamber les prix. Cette hausse a ensuite provoqué une réaction stratégique des acheteurs internationaux, entraînant un effondrement des cours.

« Les prix sont partis de 6000 FCFA/kg et ont chuté aujourd’hui jusqu’à 2000 FCFA voire moins », a-t-il illustré, décrivant une manœuvre des consommateurs pour « reprendre contrôle du marché ».

Une crise palpable : stocks bloqués et acteurs paralysés

La conséquence au Togo est immédiate et tangible. Dans un marché libéralisé mais organisé en associations, la chute brutale des prix a gelé les transactions. « Les producteurs, les acheteurs et même les exportateurs ont en ce moment des stocks sous les bras », a alerté le secrétaire général, évoquant plus de 1500 tonnes bloquées pour un petit pays producteur comme le Togo.

Cette situation est due à un «manque de concentration» qui, selon lui, a « contribué à vulnérabiliser tous les acteurs », en premier lieu les producteurs, « le maillon faible de la chaîne ».

La solidarité comme unique issue : « accepter de perdre un peu »

Face à cette impasse, la réunion de Lomé avait pour objectif de briser la glace et de forger une réponse collective. « Le miracle ne viendra pas de l’État. (…) C’est nous qui devons accompagner l’État à nous accompagner », a insisté Anselme Gouthon, appelant à un sursaut de responsabilité. « L’État, c’est nous ».

La solution proposée et actée par les participants repose sur un principe de sacrifice partagé. Il s’agit de « se concerter suffisamment afin que chacun accepte de perdre un peu pour libérer les stocks ». Cette mise en circulation progressive des tonnes immobilisées est vue comme un préalable pour desserrer l’étau financier sur la filière et se préparer à une reprise. « Progressivement, quand les prix vont reprendre (…), on va compenser les pertes subies par les uns et les autres », a expliqué M. Gouthon, reconnaissant que « tout le monde « doit » accepter de supporter une partie des conséquences ».

Il a vivement invité le cadre de concertation composé des représentants des associations de producteurs, acheteurs et transporteurs, à prendre langue dans les brefs délais avec les exportateurs, pour des négociations visant à trouver un terrain d’entente pour ventiler les stocks disponibles. Le temps est compté, le risque d’une baisse encore plus prononcée des cours de Café-cacao, plane.

Une lueur d’espoir dans la crise

Malgré la gravité de la situation, le secrétaire général du CCFCC se dit « convaincu » par les échanges de la journée. La volonté affichée par les différentes associations de travailler en synergie représente pour lui le premier pas vers la résilience. « Il y a cette volonté d’aller vers une concertation et trouver une solution, une sortie de crise. On n’a pas d’autre solution. Le miracle viendra naturellement de la base».

Anselme Gouthon a lancé en conclusion, un appel fédérateur et un rappel : « Le café-cacao au Togo n’est l’héritage de personne mais de nous tous. » Il a exhorté chaque acteur à défendre ces filières vitales et compté sur les médias pour relayer leurs efforts communs. Cette rencontre pourrait marquer le début d’une nouvelle dynamique, où la solidarité interne devient l’arme principale pour affronter les lois impitoyables du marché mondial.

Maximus

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