
Face à l’essor fulgurant du numérique et des plateformes en ligne, le monde du travail vit une mutation sans précédent. Livreurs, chauffeurs VTC, freelances ou micro-prestataires: des millions de travailleurs à travers le monde exercent désormais via des applications, souvent dans un flou juridique et social. Le Togo n’est pas exempt.
Pour ne pas laisser ces travailleurs « sur le bord du chemin », la Coordination des centrales syndicales du Togo (CCST), avec le soutien de l’Organisation internationale du Travail (OIT), a démarré ce lundi à Tokoin CESAL de Lomé, un atelier national de renforcement des capacités pour la formulation de positions syndicales sur l’économie deplateformes.
L’objectif de cette rencontre de 3 jours est clair: doter les responsables syndicaux, les partenaires sociaux et les travailleurs eux-mêmes des outils nécessaires pour formuler une position syndicale nationale sur l’économie des plateformes, et ainsi peser sur le dialogue social et les futures réformes.
Un enjeu majeur: concilier innovation et protection sociale
L’économie des plateformes offre indéniablement des perspectives, notamment pour la jeunesse togolaise, en créant des sources de revenus et en favorisant l’entrepreneuriat. Mais derrière la flexibilité vantée par certains modèles d’affaires, se cachent des risques réels de précarisation.
Dans son allocution de circonstance, M. Djobo Bougonou Martin, secrétaire général de la Confédération générale des Cadres du Togo (CGCT) et porte-parole de la CCST), a martelé ce paradoxe :« Nous devons regarder cette transformation avec lucidité. Derrière la flexibilité peuvent se cacher des revenus instables, l’absence de protection sociale, des horaires imprévisibles et une dépendance à des systèmes de notation algorithmiques. L’innovation ne doit pas être synonyme de précarisation. La flexibilité ne doit pas signifier l’absence de droits».

Il a réaffirmé que les syndicats ne rejettent pas le progrès technologique, mais entendent l’accompagner pour que la transition numérique rime avec justice sociale.
Un programme dense pour une vision commune
Pendant trois jours, les 24, 25 et 26 août, les participants vont planché à travers des modules de formation et des travaux de groupes sur un programme structuré autour de trois axes principaux, animés par des experts du BIT et du consultant national Vondoly K. Mawuli:
-Compréhension des enjeux: décryptage des modèles économiques des plateformes, de leurs impacts sur le travail au Togo et de l’évolution du cadre juridique international, notamment la convention n° 193 de l’OIT sur le travail décent dans l’économie des plateformes;
2-Cadre normatif et droits des travailleurs : Étude approfondie des normes internationales, des débats sur le statut d’emploi et des enjeux de liberté syndicale et de négociation collective;
-Elaboration de la position syndicale : Travaux de groupe pour identifier les défis locaux, définir des priorités stratégiques et bâtir une feuille de route consensuelle.
A l’ouverture des travaux, Mme Kattia Parades Moreno, Spécialiste principale des activités des travailleurs au bureau du BIT à Abidjan. Elle a lancé un avertissement : « Les travailleurs des plateformes ne doivent pas devenir les oubliés de la transformation numérique».
Elle a insisté sur le fait qu’une position syndicale ne se résume pas à une liste de revendications, mais doit constituer une vision stratégique : « Elle doit définir des priorités, proposer des solutions concrètes et renforcer la capacité des syndicats à négocier et à influencer les décisions publiques ».
Vers une feuille de route pour le Togo
Les échanges vont permettre de dresser un état des lieux des défis spécifiques au Togo : difficulté d’accès à la sécurité sociale, absence de reconnaissance du statut professionnel, insuffisance de la représentation collective, et nécessité de renforcer les compétences numériques des travailleurs.

Selon Kera Hodabalo, coordonnateur du projet OIT sur l’économie des plateformes au Togo, cet atelier marque la première étape d’un processus plus large. L’objectif final est de produire un document de position syndicale national, qui servira de base pour les discussions avec l’État, les employeurs et les acteurs du numérique.
L’atelier débouchera sur la validation des principales orientations de ce futur document. Parmi les priorités retenues, on retrouve: la réforme du cadre juridique pour clarifier le statut des travailleurs des plateformes, l’extension de la protection sociale et de la couverture santé, la reconnaissance du droit à l’organisation et à la négociation collective, et la mise en place d’un dialogue social tripartite dédié au numérique.
Une ambition claire: construire, ne pas subir
En initiant cet atelier, les centrales syndicales togolaises affiche une détermination renforcée. Comme l’a souligné Djobo Bougonou Martin : « Nous ne devons pas subir la transformation numérique, mais participer activement à sa construction».
Au Togo les acteurs sociaux sont prêts à relever le défi. En s’appropriant les codes de la nouvelle économie et en unissant leurs forces, ils entendent faire du numérique un véritable levier de développement économique et de progrès social, plutôt qu’un facteur d’inégalités supplémentaires. Ce travail de fond, appuyé par l’OIT, pose ainsi les jalons d’un dialogue social moderne et inclusif, pour que l’économie des plateformes soit enfin synonyme de travail décent pour tous.
Edoh
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