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CSU en Afrique : des réflexions engagées à Lomé pour accélérer les progrès vers des soins de santé accessibles à tous

Une réunion technique régionale sur la couverture sanitaire universelle (CSU) en Afrique s’est ouverte ce mardi 15 septembre dans la capitale togolaise à l’initiative de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS).

Prennent part à cette rencontre, les directeurs de la planification des ministères de la santé des 47 États membres de la Région africaine de l’OMS, les conseillers en politiques de santé des bureaux de pays, l’équipe de direction technique et les pôles du Bureau régional de l’OMS pour l’Afrique, ainsi que des agences techniques et partenaires contribuant à la Couverture Sanitaire Universelle (CSU), aux soins de santé primaires et au renforcement des systèmes de santé.

Jusqu’au 17 septembre prochain, ils auront à faire le bilan des progrès vers la CSU et posent les jalons d’un cadre renouvelé pour 2030 et au-delà.

La croissance démographique plus exponentielle que les progrès: le constat sans appel

Malgré des avancées indéniables dans l’accès aux services de santé essentiels, la Région africaine de l’OMS reste confrontée à un défi majeur: la croissance démographique va plus vite que les progrès réalisés. Le nombre de personnes ne bénéficiant pas d’une couverture complète par les services de santé essentiels est passé de 576 millions en 2017 à environ 609 millions en 2025. Si le rythme actuel se maintient, ce chiffre pourrait atteindre 652 millions d’ici à 2030.

Cette tendance met en évidence un défi de taille pour la Région: les progrès ne sont pas encore suffisamment rapides pour répondre aux besoins d’une population en pleine croissance. À seulement quatre ans de l’échéance de 2030, les pays devront accélérer leurs efforts pour atteindre les populations encore laissées de côté, tout en veillant à ce qu’un meilleur accès aux services se traduise par des soins de qualité et sans difficultés financières.

«La Région africaine a démontré qu’il est possible de progresser vers la couverture sanitaire universelle. Mais les données montrent clairement que le rythme actuel ne suffira pas. Nous devons accélérer les progrès, renforcer les soins de santé primaires et faire en sorte que chacun puisse accéder aux soins de qualité dont il a besoin sans subir de difficultés financières. Dans le même temps, nos approches doivent tenir compte des réalités et des besoins propres aux différents pays de la Région», a déclaré le Dr Abdourahmane Diallo, Directeur de la Gestion des Programmes au Bureau régional de l’OMS pour l’Afrique, à l’ouverture des travaux.

La protection financière, un défi persistant

Si l’accès aux soins progresse, la protection financière, elle, stagne. Les difficultés financières liées aux dépenses de santé restent pratiquement inchangées, avec une moyenne située autour de 33 % en 2017 comme en 2025. En raison notamment de la croissance démographique, le nombre de personnes concernées serait passé de 391 millions en 2017 à 491 millions en 2025, et pourrait atteindre 561 millions d’ici à 2030.

Ces données soulignent l’urgence d’une meilleure protection financière pour que l’accès aux soins ne rime pas avec appauvrissement. La CSU, rappelle-t-on, signifie que chaque personne peut avoir recours aux services de santé dont elle a besoin, où et quand elle en a besoin, sans être exposée à des difficultés financières.

Des progrès réels mais insuffisants

Depuis l’adoption, en 2017, du Cadre d’action régional pour la CSU, les pays ont réalisé d’importants progrès. Le nombre de pays affichant un indice de couverture des services inférieur à 40 est passé de 17 en 2017 à seulement deux en 2025. Toutefois, la majorité des pays demeurent dans la fourchette de 40 à 59 et, selon les trajectoires actuelles, aucun État membre ne devrait atteindre un indice de 80 d’ici à 2030.

Selon les dernières évaluations de 2023, l’indice de couverture des services de CSU pour la Région africaine s’établissait à 50 %, contre une moyenne mondiale de 80 %. Cet écart met en évidence un domaine nécessitant une attention soutenue pour favoriser les progrès vers l’Objectif de développement durable (ODD) n° 3 et les cibles connexes d’ici à 2030.

Ouvrant cette réunion technique, la Dre Josée Yawa Djatugbé Apetsianyi, Directrice générale des Études, de la Planification et de l’Information sanitaire du Togo, représentant le ministre togolais de la Santé, de l’hygiène publique, de la couverture sanitaire universelle et des assurances, a indiqué que: « Des progrès inégaux ont été constatés entre les pays et au sein de ceux-ci. La persistance des inégalités, la fragmentation de la prestation des services et la prise en compte insuffisante des besoins des usagers continuent d’affecter la performance de nos systèmes ».

De nouveaux défis pour la CSU depuis 2017

Le contexte a également considérablement évolué depuis 2017. Les changements démographiques, l’évolution de la charge de morbidité, les inégalités persistantes, les urgences sanitaires récurrentes, les changements climatiques et les contraintes budgétaires croissantes exercent une pression supplémentaire sur les systèmes de santé.

L’Afrique est par ailleurs confrontée au double fardeau des maladies transmissibles et de la progression des maladies non transmissibles, ainsi qu’au changement climatique et aux contraintes budgétaires. Ces dynamiques soulignent un décalage croissant entre les systèmes de santé actuels et les besoins des populations, situation encore aggravée par la baisse du financement extérieur et la survenue de chocs récurrents.

Ces réalités renforcent la nécessité d’adapter les approches aux besoins et aux contextes propres à chaque pays.

Des résultats attendus pour transformer l’approche régionale

Cette réunion régionale du 15 au 17 septembre 2026 va permettre une réflexion stratégique, l’alignement et la planification initiale de la mise en œuvre de l’initiative phare sur la CSU, dans le cadre du Plan stratégique régional (PSR) 2030 de l’OMS pour l’Afrique et de la Vision 2035.

Le représentant résident de l’OMS au Togo, Dr Hamadou Nouhou précisé les quatre principaux résultats attendus de cette réunion stratégique: un cadre révisé pour la CSU, capable d’orienter la Région au-delà de 2030 et tout au long de la période couverte par la Vision régionale 2035; des orientations claires et opérationnelles pour renforcer les soins de santé primaires (SSP) dans la Région africaine, en tenant compte de la multiplicité des acteurs et du paysage institutionnel; un ensemble d’indicateurs de progression pour suivre les avancées en matière de CSU et permettre un soutien différencié aux États membres, adapté à leurs besoins spécifiques; et un alignement renforcé entre les États membres et l’OMS concernant les priorités, le séquençage et les stratégies de mise en œuvre de la CSU.

Le Togo, un engagement affirmé en faveur de la CSU

En accueillant cette rencontre, le Togo réaffirme son engagement en faveur de la couverture sanitaire universelle. Le pays a fait le choix politique ambitieux de placer la santé au cœur de son développement.

Parmi les avancées significatives figure l’assurance maladie universelle (AMU) instituée par un loi en 2021. En 2024, le Togo a franchi une étape majeure avec le lancement effectif de l’AMU sur l’ensemble du territoire. Ce programme ambitieux, porté par la vision inclusive du Président du Conseil, Faure Essozimna Gnassingbé, repose sur un modèle inclusif associant institutions publiques, acteurs privés et travailleurs du secteur informel, et vise à garantir un accès équitable aux soins pour l’ensemble des Togolais, indépendamment de leur statut professionnel.

L’une des avancées majeures de cette réforme est l’intégration des travailleurs non-salariés, artisans, commerçants, agriculteurs et autres acteurs du secteur informel. L’objectif affiché par le gouvernement est ambitieux: atteindre 80 % de couverture de ces travailleurs d’ici fin 2030, afin de renforcer non seulement l’inclusion sociale, mais également la résilience des populations face aux risques financiers liés à l’utilisation des services de santé.

Des avancées concrètes sur le terrain

L’accessibilité géographique aux soins de santé est passée à 90,7 % en 2022, soit une augmentation de 19,3 % depuis 2020. Cette progression témoigne de la volonté de rapprocher les services de santé des populations, y compris dans les zones rurales les plus reculées.

Le Togo a également investi dans une approche intégrée des soins de santé primaires. Un essai clinique majeur, publié dans la revue Pediatrics, a démontré qu’un modèle de soins primaires intégrés dans le nord du Togo a réduit de 29 % le risque de décès des enfants de moins de cinq ans. Ce programme, qui combine des agents de santé communautaires proactifs, des soins sans frais directs et des centres de santé ruraux renforcés, a été déployé à grande échelle pour un coût d’environ 10 dollars par personne et par an. Il couvre aujourd’hui plus de 180 000 personnes dans quatre districts.

Le programme WEZOU, pour l’accompagnement de la femme enceinte et du nouveau-né, lancé par le gouvernement en 2020, a permis la prise en charge de plus de 4 millions de prestations, réduisant de manière significative les risques sanitaires et financiers liés à la grossesse et à l’accouchement. Ce dispositif incarne l’engagement à ne laisser personne de côté, en particulier les femmes et les enfants.

Ces avancées sont le fruit d’un partenariat dynamique avec l’OMS. La Stratégie de Coopération Pays 2024-2028 entre l’OMS et le Togo, alignée sur les priorités nationales et les ODD, constitue la feuille de route commune. Elle se décline autour de quatre priorités stratégiques : le renforcement du système de santé et de la santé communautaire ; l’élargissement de l’accès à des services essentiels de qualité ; la lutte contre les maladies et les déterminants sociaux et environnementaux ; et la préparation et la riposte aux urgences sanitaires.

Vers une accélération collective

Au cours des trois jours de réunion, les participants examineront les données disponibles et partageront leurs expériences afin d’identifier ce qui fonctionne, les domaines dans lesquels les progrès ont été réalisés et les changements nécessaires. Les discussions permettront de définir des priorités concrètes et des approches adaptées aux différents contextes nationaux plutôt que d’appliquer un modèle unique à l’ensemble de la Région.

La réunion contribuera également à faire évoluer l’approche régionale de la CSU, en tirant les enseignements de la mise en œuvre du cadre de 2017 et en orientant les priorités stratégiques à l’horizon 2030 et au-delà, conformément au Plan stratégique 2030 et à la Vision régionale 2035 de l’OMS pour l’Afrique.

Le renforcement des soins de santé primaires sera au cœur de cette nouvelle phase. L’accélération des progrès vers la CSU nécessitera également une meilleure protection financière, des personnels de santé adaptés aux besoins, un accès fiable aux produits et technologies de santé essentiels et une meilleure utilisation des données pour orienter les décisions.

À seulement quatre ans de l’échéance de 2030, la prochaine phase de la CSU dans la Région africaine doit être celle de l’accélération, et non de la simple poursuite des efforts, afin que les progrès se traduisent par des soins de qualité, accessibles à tous sans difficultés financières.

Edoh

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