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Centres d’écoute des patients dans l’espace CEDEAO: l’OOAS fait du Bénin, de la Gambie et du Togo les pionniers d’une révolution des soins

L’histoire de la santé publique en Afrique de l’Ouest s’écrit désormais à travers le prisme de la parole des patients. Ce jeudi 20 août, la capitale togolaise a été le théâtre d’un lancement inédit: celui des projets de construction de centres d’écoute destinés aux usagers des systèmes de santé, une initiative portée par l’Organisation Ouest-Africaine de la Santé (OOAS).

Le Bénin, la Gambie et le Togo vont abriter les trois premiers centres pilotes dont la construction est lancée dans le cadre d’un programme ambitieux, évalué à 8,5 milliards de francs CFA, qui sera étendu progessivement aux autres États membres de la CEDEAO.

L’OOAS, architecte d’une nouvelle éthique des soins

Au cœur de ce dispositif se trouve l’OOAS, qui agit en chef d’orchestre et en garant de la qualité. Sous l’impulsion de son Directeur général, le Dr Melchior Athanase J. C. Aïssi, l’organisation a fait de la sécurité des patients un cheval de bataille régional. En s’appuyant sur les ordres des médecins des trois pays pilotes, l’OOAS ne se contente pas de financer des murs; elle construit un véritable mécanisme de reddition des comptes et de dignité pour les citoyens.

« Améliorer la qualité et la sécurité des soins n’est pas une option technique parmi d’autres. C’est une exigence éthique, une responsabilité de santé publique, » a martelé le Dr Aïssi lors de la cérémonie. Pour lui, ces centres sont bien plus que des guichets à doléances : ce sont des espaces de transformation où la plainte devient un outil pédagogique pour les professionnels de santé et un levier d’amélioration continue pour les établissements.

Ce positionnement de l’OOAS répond à une urgence sanitaire criante. Alors que l’Organisation Mondiale de la Santé estime qu’un patient sur dix subit un préjudice évitable dans les pays à revenu faible ou intermédiaire, et que jusqu’à 4 % de ces préjudices sont fatals, l’OOAS a fait le pari que la « voix du patient » est le capteur le plus fiable pour détecter les dysfonctionnements internes que les audits classiques ignorent souvent.

Bénin, Gambie et Togo: une trinité pionnière face à un défi commun

Le choix de ces trois nations ne doit rien au hasard. Il s’inscrit dans une stratégie de déploiement progressif pensée par l’OOAS pour tester, ajuster et valider des modèles adaptés aux réalités locales. Le Bénin, la Gambie et le Togo deviennent ainsi les « bêta-testeurs » d’une dynamique qui doit, à terme, couvrir les quinze États membres de la CEDEAO.

Pour le Togo, hôte et modèle de Couverture Sanitaire Universelle, ce projet s’inscrit naturellement dans sa trajectoire nationale vers la Couverture Sanitaire Universelle. La Directrice de la planification au ministère de la Santé, le Dr Josée Apetsianyi, représentant le gouvernement, a salué avec ferveur la confiance accordée à son pays.

« La couverture sanitaire universelle ne saurait être pleinement réalisée si les citoyens ont accès aux structures de soins sans bénéficier d’une information suffisante, d’un accueil respectueux et d’une possibilité effective de faire entendre leurs préoccupations» a-t-elle souligné. Lomé devient donc le laboratoire d’une médecine plus humaine, où l’accès aux soins va de pair avec la qualité de la relation patient-soignant.

Aux côtés du Togo, le Bénin et la Gambie partagent la responsabilité historique d’une même ambition. Ces trois États sont appelés à démontrer l’efficacité de ces centres d’écoute en tant que mécanismes de dialogue, de médiation et d’orientation.

Comme l’a rappelé le Dr Apetsianyi, il leur revient de « construire des modèles adaptés à nos réalités nationales, mais suffisamment cohérents pour nourrir, à terme, une dynamique régionale ». Ces trois pays ne travaillent donc pas en silo, mais comme les trois piliers d’une même fondation destinée à soutenir l’édifice sanitaire ouest-africain.

Un déploiement progressif

Le lancement de Lomé ne fut pas qu’une cérémonie symbolique. Il a également servi de cadre technique pour finaliser les modalités de mise en œuvre, en présence de la vice-présidente de la Commission de la CEDEAO, Mme Damtien Tchintchibidja, et du futur Directeur général de l’OOAS, le Professeur Vincent Pitché.

Cette rencontre fait suite à un atelier de cadrage tenu à Abidjan en septembre 2025, où les ordres des médecins des trois pays avaient déjà commencé à peaufiner leurs architectures nationales.

Le chronogramme global est désormais arrêté : le projet s’étalera sur trois ans, avec une montée en puissance régulière. La stratégie de l’OOAS est claire et progressive. Chaque année, trois nouveaux pays seront éligibles pour bénéficier de ce dispositif. Le Nigeria, vu sa démographie imposante, est d’ores et déjà prévu pour accueillir six centres à lui seul, marquant l’ampleur du défi à venir.

La dignité comme horizon

Avec ce projet, l’OOAS et la CEDEAO envoient un signal fort : la bataille pour la santé des populations ne se gagne pas seulement en ouvrant l’accès aux médicaments ou aux hôpitaux, mais en garantissant la sécurité et la dignité des patients.

Le Bénin, la Gambie et le Togo ne sont pas simplement des pays pilotes ; ils sont les pionniers d’un nouveau paradigme où le malade, trop souvent réduit à un numéro de dossier, redevient un acteur à part entière du système de soins.

Comme l’a si bien résumé Mme Damtien Tchintchibidja, ces centres d’écoute « doteront nos systèmes de santé d’un véritable mécanisme de reddition des comptes, propre à replacer le citoyen au centre du dispositif de soins. » Une promesse qui, si elle est tenue, pourrait bien redessiner le visage de la santé publique en Afrique de l’Ouest.

Max

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